Conseil municipal du 6 mai 2015 : intervention de François Cocq

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Vœu pour la reconnaissance des massacres de Setif, Guelma et Kherrata

Chers collègues,

Le 8 mai, c’est pour chacun-e d’entre nous, ou presque, la victoire de l’Humanité devant l’Histoire, c’est la capitulation sans conditions de l’Allemagne nazie, c’est la victoire des alliés, de l’Armée Rouge, de la France combattante dans la Résistance et dans la France libre avec son programme du CNR, c’est la victoire de la France qui s’était alors libérée et avait reconquis sa souveraineté. Cette histoire, nous la connaissons et nous la commémorons à juste titre chaque année, et ces moments prennent un sens plus particulier encore quand on constate à nouveau comme aujourd’hui la montée des fascismes dans plusieurs pays et gouvernements d’Europe.

Mais pour commémorer, il faut d’abord connaître, s’approprier et reconnaitre cette histoire.

La connaissance des faits, nous l’avons. Les historiens ont fait leur travail et nous ont apporté leurs conclusions. Dans la rue principale de Sétif en Algérie, de nombreux Algériens s’étaient rassemblés pacifiquement pour fêter l’armistice mais aussi exiger la libération du dirigeant nationaliste Messali Hadj, et défendre « l’Algérie libre », pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et pour l’indépendance. Pendant plusieurs semaines, l’armée française et de nombreuses milices coloniales, composées de civils d’origine européenne, ont alors fait régner la terreur pour rétablir l’ordre colonial et défendre l’Algérie française. Si le nombre des victimes algériennes est difficile à établir, car encore sujet à débat, le gouvernement algérien avance le nombre de 45 000 morts et la très grande majorité des historiens français attestent d’un bilan de dizaines de milliers de victimes arrêtées, torturées et exécutées. Il y aurait eu également 102 victimes issues de la population dite «européenne», ayant perdu la vie au cours des émeutes provoquées par les massacres.

Depuis 70 ans, ces crimes de guerre commis par l’État et ceux qui le servaient, ne sont toujours pas reconnus officiellement. Une telle situation n’est pas acceptable.

Pour nourrir un destin commun, avec notre peuple frère situé de l’autre côté de notre mer commune,

Pour nourrir un destin commun en notre sein, avec tous les enfants de la République qui, parce que la République est universaliste doivent pouvoir être ce  qu’ils sont,

Pour nourrir un destin commun, il faut reconnaitre ensemble les éléments d’un passé partagé et assumer notre devoir de mémoire,

Cette construction collective est d’autant plus importante que le Front national et l’extrême-droite défendent plus que jamais une interprétation apologétique du passé colonial. C’est aujourd’hui le Front national qui mène ouvertement une bataille réactionnaire en nostalgie de l’Algérie française et des criminels de l’OAS, en débaptisant comme à Béziers ou à Beaucaire « la rue du 119 mars 1962 ». C’est encore à Béziers que l’infâme Robert Ménard avait annoncé juste avant ce Conseil municipal établir des listes d’enfants en fonction de leur prénom en l’assimilant à une religion supposée comme aux pires heures de notre histoire.

La reconnaissance, 70 ans après, par le Conseil municipal de Champigny de ces crimes de guerre commis par l’état français placerait notre ville à la pointe de ce combat. La demande officielle de reconnaissance de ces actes par le chef de l’Etat François Hollande serait un acte de paix, de fraternité et d’espoir qu’il serait bien avisé d’enfin poser.

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