La politique ne saurait faire disparaitre le politique derrière la technocratie

CYxq_FVWsAEpuVz.jpg largeIntervention de François Cocq et Delphine Fenasse lors de la séance d’installation de l’EPT 10 le 15 janvier 2016

Mesdames, Messieurs,

Siéger au sein de cet EPT est aujourd’hui un devoir de représentation qui s’impose à nous au regard de l’évolution institutionnelle imposée par le Chef de l’Etat et son Premier Ministre, mais aussi du mandat que nous avons sollicité en 2014 auprès de nos concitoyens dans nos différentes villes.

C’est en effet dans le cadre communal que s’est exprimée la souveraineté populaire. C’est d’elle que nous tenons notre seule légitimité et celle-ci est directement reliée aux orientations et engagements sur la base desquels nous nous sommes présentés devant les électrices et les électeurs.

Dire cela, c’est déjà interroger la question de la légitimité qui est la nôtre en tant que conseillers territoriaux. Celle-ci découle aujourd’hui d’un scrutin indirect au sein de nos différentes assemblées. Mais elle est aussi le fruit d’une construction artificielle, cet EPT 10, qui n’est pas un EPCI institué sur la base de regroupements volontaires ou de projets comme pouvaient l’être ceux nés après les lois de 1992 ou 1999, mais bien le résultat d’un acte d’autorité.

Notez qu’avec ma collègue Delphine Fenasse nous ne demande pas pour autant à ce stade l’élection au scrutin universel direct au sein des EPT car nous savons que celle-ci créerait aussi une double légitimité au sein d’un même territoire. Ce serait alors le préalable, moyennant le transfert de compétences de la commune vers la métropole ou les EPT que nous avons sous les yeux, à la dévitalisation programmée des communes, pourtant structure de base de notre champ démocratique. Voilà qui fera sans nul doute l’objet de débats d’ici à 2020…

L’objet de notre propos est ici de nous interroger sur la nature du mandat qui nous fait siéger dans cette assemblée. Elu au territoire, nous nous considérons tout à la fois représentant de notre collectivité, mais aussi dépositaire, certes partiel, du choix d’orientation majoritaire qui a été donné par ici par les campinoises et les campinois, là par fontenaysien-ne-s.

Cette double dimension, nous entendons la porter dans sa dualité au sein de cet EPT. Nous connaissons et reconnaissons le rapport de force et le fait majoritaire qui existe sur nos 13 villes et nous en prenons acte. Dans ce cadre, nous apporterons notre contribution et notre réflexion aux projets qui, en servant l’intérêt général, ne vont pas à l’encontre des intérêts des habitant-e-s de nos villes. Mais nous porterons en parallèle l’humanisme radical et les aspirations de transformation sociale, écologique, démocratique et républicaine pour lesquelles nos mandants nous ont élus.

Naturellement, faire vivre ces idées va dessiner une majorité et une opposition. Constructive et au service de l’intérêt général certes. Mais résolue. Celle-ci n’est pas compatible avec le fait d’acter une co-gouvernance transpartisane.

On ferait croire de la sorte qu’il est des décisions qui s’imposent à tous quelles que soient les orientations défendues. La politique ferait ainsi disparaître le politique derrière la technocratie. Ce serait remplacer le gouvernement des idées par celui du consensus au centre anesthésiant et donc occulter la volonté populaire.

Nous tenons enfin par-dessus tout à ce qu’aucune décision prise dans le cadre de l’intercommunalité ne puisse s’imposer aux communes contre leur volonté. C’est bien la commune qui reste le cadre de base de la souveraineté populaire. De ce point de vue, les outils de dialogues et de discussion existent déjà pour que les maires de nos communes travaillent dans la collégialité et dans le respect des prérogatives de chaque ville. Or désormais, si l’exécutif devait être partagé, nous ne pouvons pas croire qu’une prise de décision au sein de l’EPT ne s’imposerait pas aux villes. Et malgré les déclarations de bonnes intentions des uns et des autres, nous sommes l’un et l’autre trop friand de Machiavel pour croire à la disparition du rapport de force au sein de notre exécutif. Nous ne mettrons donc pas le doigt dans l’engrenage qui par l’EPT nous lierait les mains devant nos concitoyens.

Enfin, mes chers collègues, pas plus que vous nous n’avons la mémoire courte. Nous savons comme vous que l’organisation institutionnelle d’un territoire n’est jamais un projet neutre mais que celle-ci répond au contraire à un projet politique dédié. La mise en place de la réforme Kallikratis en Grèce en 2010, préalable à la potion d’austérité aux grecs ensuite, est là pour nous le rappeler.

Notre opposition farouche à la réforme territoriale dans son ensemble et à la loi NOTRe en particulier en ce qu’elle est une atteinte à nos pratiques démocratiques  nous invite à ne pas sauter à pieds joints dès la création des EPT et à nous inscrire dans les pratiques post-démocratiques que certains voudraient voir régir notre vie publique.

C’est pourquoi, si nous prenons acte du rapport de force politique et que nous le reconnaissons comme tel, nous ne prendrons pas part au vote pour les vice-présidences de ce territoire pour mieux nous atteler à l’exercice du mandat tel qu’il découle du vote citoyen.

François Cocq

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